BLOG   LUMIÈRE DE SAGESSE

BLOG   LUMIÈRE DE SAGESSE

Menu

Lumière de sagesse – Blog de Pierre Wittmann

3 avril 2025

Intentions pour la fin de ma vie

C’est mon anniversaire. Depuis quelques années, j’ai cessé de penser une année de plus, je pense une année de moins, sur le nombre incertain d’années qui me restent à vivre. Je pensais qu’il se situait dans le nombre des doigts des mains, mais depuis aujourd’hui, peut-être dans celui d’une seule main. Le monde d’aujourd’hui, est-il encore un lieu de vie souhaitable ? Je me disais il y a quelques jours que la dernière expérience importante qui me restait à vivre était la mort, une perspective qui me réjouit davantage que de dépérir à petit feu dans la dystopie technologique et transhumaniste. Il ne faut pas essayer de prolonger la vie au-delà du temps qui nous est imparti, comme essaie de nous l’imposer la technologie médicale, pour le grand profit des industries médico-pharmaceutiques. Je me souviens de ce film japonais qui montrait comment, au moment voulu, les enfants portaient leurs vieux parents dans la forêt, où ils pourront rencontrer la mort dans une sereine solitude. Je l’ai vu il y a longtemps, mais il m’avait beaucoup inspiré. Certains animaux aussi, comme les cobras, quand ils pressentent qu’ils sont arrivés à la fin de leur vie, se cachent et cessent de manger en attendant la mort.

Je rêve de trouver un nouveau lieu de vie, intérieur et extérieur, plus proche de la nature et de la spiritualité, où je puisse me séparer du matériel, le peu qui m’en reste après la dissolution des possessions que j’avais en France. La dissolution de celles qui me restent à Chiang Mai n’est pas terminée, je la repousse, pourtant elle est depuis longtemps sur la liste des choses qui me restent à faire. Ce dont je voudrais surtout me séparer, c’est de la technologie, c’est-à-dire l’ordinateur et les autres machines à écrans. C’est le plus difficile, car pour l’instant je les utilise beaucoup, c’est même une forme d’addiction, surtout l’ordinateur. Je l’utilise surtout pour écrire : écrire mon Journal et mes Réflexions ; corriger et organiser l’Essence du Journal, les textes que j’appelle Regarder la vie, et que je considère comme l’œuvre de ma vie ; poster chaque semaine un de ces textes sur mon blog, et envoyer tous les 15 jours une newsletter, qui contient aussi quelques-uns de ces textes ; communiquer par mail, principalement en ce moment avec Thierry. C’est mon travail créatif, qui me semble une activité saine et adroite (skilful). J’utilise aussi mon ordinateur pour regarder des vidéos sur la situation du monde, ce qui me semble une activité nettement moins saine et peu adroite (unskilful), même si elle me donne des regards sur la vie (et le monde qui en fait partie) qui nourrissent mon inspiration pour écrire. Mon iPad, je l’utilise uniquement pour lire des livres numériques, que je peux me procurer beaucoup plus facilement que les livres papier. Cela me semble une activité adroite, même si le moyen l’est moins. Mon téléphone, je l’utilise pour de rares communications locales, mais principalement pour communiquer avec Ariella sur WhatsApp, une autre activité adroite avec un moyen qui l’est moins.

Selon Ajahn Thanissaro, le principal enseignement du Bouddha, pour atteindre la fin de la souffrance, et ce qui ne meurt pas (the deathless) ou le nirvana, est de surveiller ses actions (du corps, de la parole et de l’esprit), favoriser les actions adroites (skilful) et éviter les actions maladroites (unskilful).  C’est simple, même si ce n’est pas facile. Adroit et maladroit ne sont pas de bonnes traductions de skilful et unskilful, mais je n’ai pour l’instant pas trouvé mieux.

Me séparer de mes appareils signifierait me séparer de la plupart de mes activités actuelles et des quelques contacts qui me restent. Ce n’est pas évident. Cela signifierait un retrait du monde encore plus complet que celui dans lequel je vis déjà, et la pratique du wu-wei à laquelle j’aspire depuis longtemps. Dans un sens, c’est une perspective qui m’enchante. Dans certaines traditions spirituelles, la dernière partie de la vie est un abandon du matériel pour se consacrer au spirituel. Je l’imagine, par exemple, comme une retraite dans un monastère ou un ermitage, que je vois dans la nature, dans la forêt, dans la montagne, dans la campagne, au bord de la mer. Les activités seraient la méditation et les promenades dans la nature. Continuerais-je à écrire ? Et comment ? Recevrais-je des visites ? En attendant, il faut organiser et gérer la dissolution de mes activités et de mes possessions virtuelles. Ce n’est pas facile, mais ce n’est pas impossible, même si, au début, cela demandera de faire quelques concessions sur une utilisation limitée de certains appareils, qui ne m’appartiendront peut-être plus.

7 juillet 2022, Chiang Mai

16 janvier 2025

La nature du samsara

Je me suis arrêté après ma dernière phrase d’hier, car si ce Journal n’est que du babillage, ou des élucubrations mentales insensées, y a-t-il lieu de le poursuivre ? Et de le partager ? Pour l’instant, je vais le continuer sans répondre à ces questions. C’est une activité qui me fait plaisir, et il n’y en a pas beaucoup dans ce monde matériel décadent. Donc, tant que je suis condamné à croupir dans ses bas niveaux de conscience, continuer à transcrire mes pensées par écrit n’est pas le pire que je puisse faire, même si ce n’est peut-être pas très utile. Mais que veut dire utile ? Qu’est-ce qui est utile, et utile pour qui, ou pour quoi ? Le physicien Étienne Klein dit que la plupart des grandes découvertes de la physique n’étaient pas basées sur des observations, étaient même en général contraires aux observations. Elles étaient nées de la pensée inspirée de quelques personnages géniaux, de leurs formations mentales, qui se sont montrées plus justes, moins illusoires, que les perceptions du monde phénoménal que nous prenons pour la réalité. Pourquoi n’y aurait-il pas plus de génie dans mes masturbations mentales que dans mes regards sur ma vie, et sur la vie, que je rapporte avec diligence depuis des années dans ce Journal.

La dernière nouvelle du monde, de celui dans lequel je vis, c’est, depuis aujourd’hui, l’interdiction d’entrer en Thaïlande pour tous les non-vaccinés. Mettiko, mon ami moine, a dû renoncer à son voyage, et Ariella, va-t-elle pouvoir venir au début février ? Quand la bêtise humaine est au pouvoir, ce qui semble être le cas de nos jours dans la plupart des pays, nous sommes condamnés à vivre dans l’incertitude, celle des caprices imprévisibles des quelques psychopathes bornés qui nous gouvernent. Bien sûr, comme la nature du samsara est de toute façon changeante, imprévisible et insatisfaisante, il n’y pas lieu de s’en étonner. Mais il y a des périodes où le samsara est plus dense et plus virulent que d’autres. Alors que les Thaïlandais, toujours aussi avides de l’argent des étrangers, venaient de fêter l’arrivée du dix-millionième touriste, ils referment leurs frontières. Ils ont peur de l’arrivée massive des Chinois, puisque la Chine vient de rouvrir ses frontières, et ils croient encore au pouvoir des masques et des vaccins pour protéger leur pays d’un Covid moribond.

Bonne nouvelle : l’interdiction de l’entrée en Thaïlande pour les non-vaccinés a été annulée le jour même de sa mise en place. C’est un bon signe, une victoire des non-vax sur la dictature sanitaire. Et le gouvernement thaïlandais, même s’il est une dictature militaire qui a pris le pouvoir par un coup d’état, semble avoir gardé plus de bon sens qu’un bon nombre de soi-disant démocraties occidentales.


9 janvier 2023, Chiang Mai

815 Ombre

815 Ombre

2 janvier 2025

812 Lumière multicolore

812 Lumière multicolore

Émerveillement et illusions

Hier matin, j’étais dans la joie et l’émerveillement, et j’ai observé, lors de ma sortie en ville, comment cet état a évolué à la suite de divers mécontentements devant certaines contingences propres à notre société matérialiste. L’émerveillement s’est d’abord transformé en amusement, puis en indifférence, avant de faire place à une légère contrariété. Heureusement, je suis rentré à la maison avant de tomber dans l’insatisfaction, l’aversion ou la dépression. Et hier, j’étais parti très en haut de la vague émotionnelle telle qu’elle est décrite dans le Human Design. Le système émotionnel est qualifié par le Human Design de très dysfonctionnel chez l’être humain dans son niveau de développement actuel. Cela explique l’état de délabrement de nos sociétés modernes, car l’autorité émotionnelle est la plus puissante, et celle qui nous dicte non seulement la plupart de nos actions individuelles et collectives, mais aussi de nos pensées et de nos paroles. Pour que cela change, il faudrait une profonde mutation génétique de l’être humain, qui nous est promise pour bientôt. Notre centre émotionnel deviendra alors notre principale source de sagesse. La supériorité de l’intelligence émotionnelle a déjà été reconnue par des sages du passé, mais aussi plus récemment par les pionniers de la nouvelle physique. C’est également un très vaste sujet : le sujet de notre fonctionnement, en particulier du fonctionnement de notre esprit. Le bouddhisme parle des cinq agrégats (khandas), l’agrégat du corps, et les quatre agrégats de l’esprit, la sensation, la perception, les formations ou fabrications mentales, et la conscience sensorielle. S’ils peuvent expliquer notre fonctionnement dans le monde relatif que nous percevons comme la réalité, dans l’absolu ils n’ont pas d’existence inhérente, car ils sont basés sur des illusions.

La première illusion, la sensation, est celle de la dualité. C’est la première impression causée par nos perceptions sensorielles. On pourrait dire que c’est une émotion primordiale, celle du bien et du mal. Le bien, c’est tout ce qui, dans notre environnement sensoriel, nous apparaît comme agréable et nous promet du plaisir. Le bien produit le premier des poisons, l’avidité, pour les sources du plaisir, et ensuite l’attachement aux sensations agréables déjà obtenues. Le mal, c’est tout ce qui, dans notre environnement sensoriel, nous apparaît comme désagréable et nous promet de la souffrance. Le mal produit le second des poisons, la malveillance (le rejet, la peur), pour les sources de la souffrance, et ensuite l’aversion pour les sensations désagréables déjà présentes. Mais le bien et le mal sont des impressions subjectives qui n’ont aucune réalité objective, puisque nos perceptions sensorielles sur lesquelles elles sont fondées n’en ont pas non plus. Toutefois, les sensations se réfèrent souvent à des consensus collectifs, basés sur des croyances et des conditionnements.

La deuxième illusion, la perception, est celle de la conceptualisation. C’est le fait de nommer, et aussi de qualifier, de décrire, nos perceptions sensorielles, de leur attribuer des concepts. Ces concepts sont également subjectifs, et se réfèrent souvent aussi à des consensus collectifs, basés sur des croyances et des conditionnements

Les formations ou fabrications mentales constituent la troisième illusion, celle des histoires que nous construisons, que nous nous racontons ou que nous racontons aux autres, à partir des sensations et des perceptions subjectives que nous attribuons au monde phénoménal, et que nous prenons pour des vérités objectives. Ce sont aussi tous les narratifs qui ont été exprimés et nous ont été transmis depuis le début de l’histoire de l’humanité. Tous les écrits et les livres du passé, tous les films et bien sûr toutes les nouvelles, officielles ou complotistes, et tous les commentaires que ces différents narratifs ont pu, peuvent et pourront susciter. C’est le babillage incessant du bêtisier humain, le bruit de fond des sociétés humaines. Il semble que la parole fut la dernière mutation génétique de l’être humain, celle du chakra de la gorge. Quand on observe où elle nous a conduit, on peut s’interroger sur son succès. Mais cette pensée n’est qu’une autre formation mentale…


8 janvier 2023, Chiang Mai

Site créé par Pierre Wittmann
X